TROISIÈME PARTIE:

Art sacré et Art profane.

 Je voudrais attirer l’attention sur un fait historique capital et décisif dans le développement de l’Art chrétien en général, « l’affaire de l’iconoclasme » (du grec εικών eikon « icône » et klaô « casser ») : entre les chrétiens qui ne voulaient pas que l’on représentât Dieu et ses saints et ceux qui en vertu de l’Incarnation s’autorisaient à Le faire. Il a fallu donc le deuxième Concile de NICÉE en 787 pour trancher en faveur de l’autorisation de la représentation. Pour moi c’est le signe d’une grande Sagesse de la part de l’Église que d’avoir tenu tête à ces chrétiens qui détruisaient les icônes et toutes sculptures religieuse, que l'on a appelés iconoclastes, et ceci malgré l’interdiction de toute représentation divine dans l’Ancien Testament. Car désormais Dieu, Lui-même avait « transgressé » la frontière qui nous séparait de Lui, en se faisant Homme en Jésus-Christ. Imaginons un peu si l’Église aurait donné raison aux iconoclastes, quel aurait été le développement de l'Art et son épanouissement en son sein ? Certainement pas le même que celui que nous connaissons ! Je n’ose même pas l'imaginer !

 Durant des siècles les opposants à toutes représentations de Dieu, les iconoclastes furent nombreux et variés, tenaces et souvent fanatiques. A commencer par les juifs puis les musulmans, et au sein de l’Église certains papes et évêques, empereurs et aussi les Protestants se sont acharnés en détruisant beaucoup d'églises et pour finir, il y eu les fanatiques révolutionnaires qui saccagèrent beaucoup de chef d’œuvres artistiques. Mais miracle des miracles, malgré cette opposition, souvent virulente des iconoclastes de tous genres, si nombreux et variés, l'élan artistique ne s'est jamais tari au sein de l’Église. Gloire à Toi Seigneur ! Alors que ce passe t-il aujourd'hui ? Y aurait-il plus barbare que tous les iconoclastes de tous genres ? Oui, apparemment, il y a pire : Les iconoclastes historiques sont des croyants ayant un excès de zèle, dû à leur foi exaltée, mais aujourd’hui, c’est plus tôt l'apostasie d'un grand nombre de chrétiens et l'affadissement de notre Foi qui sapent l’énergie artistique ! Il y a donc pire que les iconoclastes ! Seigneur préserve-nous !

 « Une foi qui ne devient pas culture est une foi qui n'est pas pleinement accueillie, entièrement pensée et fidèlement vécue ».

Disait Jean-Paul II

 Vers le 9e siècle l'invention de la Polyphonie fut marquante dans l'élaboration savante de la musique. (Contrepoint)

 Tout le monde connaît Jean-Sébastien BACH, HAENDEL, MOZART, BEETHOVEN, PALESTRINA, DEBUSSY, COUPERIN etc….On s’émerveille devant leur génie créateur, devant tant de merveilles qu’ils ont créées et c’est avec raison qu’on loue le Seigneur pour tant d’artistes chrétiens. Soyons honnêtes et reconnaissons le, l’influence directe de l’Église sur les artistes, sur la musique, a été très significative pour la culture tout court ! Il faudrait parler aussi des peintres et sculpteurs, que dire de ce merveilleux mouvement qui rassemblait tous les arts que fut les cathédrales etc…Pour moi, tous ces trésors culturels ne sont pas des « reliques du passé » qui souffriraient de l’usure du temps mais révèlent un véritable témoignage de Foi, une valeur permanente et réelle pour aujourd’hui. « Mais à cette époque les gens étaient chrétien ! » disent certains pour justifier leur « iconoclasme. » A ceci je réponds que c'est un argument fallacieux car l’Évangile est une richesse pour chaque culture et chaque époque ! » Ne laissons pas les incroyants incultes et irréligieux s’emparer et dénaturer notre bel Art, mais gardons lui son véritable socle et son véritable sens: la louange de Dieu ! Croyez-vous que sans l’apport de la musique élaborée par les moines sous le patronage de l’Église, tous ces grands génies cités ci-dessus auraient existé? Évidemment que NON ! Sans la Musique Sacrée il n’y aurait pas de grande musique profane. Ce n'est pas du chauvinisme, c'est une réalité, et pour nous chrétiens, surtout les artistes, cela a un sens, et nous procure une grande fierté. Que les non-croyants s'approprient cette Art chrétien, ne me dérange pas en soi, c'est même très bien, mais que la communauté chrétienne l'ignore voire le dédaigne et en oubli son caractère missionnaire, est pour moi intolérable !

Voici le NŒUD du problème de l'Art chrétien :

 Résumons et synthétisons ce qu'est l'Art musical chrétien. A la lumière de l'histoire de l'ART citée dans la première partie, d'emblée nous voyons que l'Art dit Sacré est l'expression éminente de notre Foi.  Et de son trop plein, de sa surabondance, de son débordement de grâces, son influence directe ou indirecte fut grand. Le sentiment ou le réflexe dévastateur iconoclaste si naturel, toujours tapi au fond de nous derrière de fausses raisons, n'est jamais éteint et nous coupe de l'élan artistique et de sa cause. Reconnaissons-le humblement, la pratique de l'Art dans l’Église est très délicate et doit être pris très au sérieux car les édifices religieux ne sont pas et ne doivent pas être des salles de concerts quelconques. Mais les églises au cœur de la cité ont une vocation à s'ouvrir à une certaine pratique culturelle artistique pour être fidèles à l'urgence de la Mission. Cela demande bien évidement du sérieux et du discernement dans la manière de proposer l'Art en son sein.

L'ART Sacré : au service exclusif de la Liturgie et des offices religieux.

 Il nous plonge dans le mystère de la Présence de Dieu et nous porte à Le rechercher inlassablement, faisant grandir en nous la Charité. Il nous invite à garder « la perle précieuse » de la Sagesse divine déposée en nos cœurs lors de notre Baptême! Il nous pousse et exhorte à la contemplation du Visage de Jésus et l'adoration de la Sainte Trinité, de manière direct et explicite.


L'ART Profane : tirant partie de l'ART Sacré, est plus tourné vers le monde : "Ad Gentes"

 L’Art profane, dans son sens positif, « d'œuvre laïque », tourné vers le monde et pour lui, pas forcément explicitement religieux, révélateur de la beauté divine dissimulée dans la nature, dans le monde, tirant souvent partie du génie créateur de l’Art Sacré, nous divertit, apaise nos âmes tourmentées, nous fait réfléchir, contempler les merveilles du monde à travers ses spectacles, ses prestations, en unifiant nos sens dans le « beau, le bien et la vérité », faisant grandir en nous la vertu de l'Espérance. Il nous invite à aller « au large » et partager la « perle précieuse » de l’Évangile ou comme « le levain dans la pâte », il nous dispose à la grâce.

 Tout d’abord, il est clair qu’il n’existe en vérité aucune rivalité ou incompatibilité de nature entre l’Art Sacré et l’Art profane car tous deux sont les deux branches naturelles, d’un même élan artistique né au cœur de notre culture chrétienne. Il faut les distinguer certes mais les respecter chacun dans leur domaine propre. Tous deux rendent un réel service à la « cause de Dieu ». L'Église a toujours été protagoniste dans tous les arts et les artistes n’ont jamais manqués. Pour moi, il n’y a donc pas d’opposition entre l’Art sacré et l’Art profane, car tous deux sont à leur manière, collaborateurs de l'œuvre de la grâce dans les cœurs. Donc : l’un est consacré et soumis à l’esprit de la Liturgie, à l’adoration, nous plonge sans cesse dans la Source divine tandis que l’autre est particulièrement ouvert à la Mission, tourné vers le monde, vers l’apostolat.

 Certes, il existe une tension naturelle que l’on doit considérer et peut tout à fait être surmonté avec un peu de discernement, celle-ci diminue et même disparaît si tous les deux sont soumis à la Sagesse divine car ils sont ordonnés à la proclamation de la Gloire de Dieu :  C'est pourquoi il est très dommageable de trop cloisonner et mettre des barrières insurmontables entre l'Art Sacré et l'Art profane car cela trahit l'intention première de l'Esprit-Saint, celui de conforter et consolider en nous la Foi, l'Espérance et la Charité et nous emmener vers une « plénitude artistique et culturel ». Ainsi ceux qui s'obstinent à voir la vocation de l'Art Sacré exclusivement au service de la Liturgie, en oubliant sont ouverture à la Mission, sont dans l'erreur et ont une vision trop restrictive de celle-ci et nuisent à l'épanouissement de l'Art chrétien. Faire de celui-ci un art d'élites est une trahison à l'esprit de la Mission qui doit faire de chaque artiste, des serviteurs et vrais disciples de Jésus-Christ et non des maîtres de chapelles intouchables ou hermétiques, incapables de vivre dans la charité sans laquelle toute religion devient insipide et « avorteuse de grâces.» La tentation des promoteurs de l'Art Sacré est leur auto suffisance, ce qui est contraire à la Mission insufflée par l'Esprit-Saint. L'Art Sacré n'a pas été donné par Dieu pour seulement une classe sociale mais pour tous !

 « Une foi qui ne devient pas culture est une foi qui n'est pas pleinement accueillie, entièrement pensée et fidèlement vécue ».

disait Jean-Paul II.

 Le problème de l'Art profane est complexe par la variété plus large de son expression et de son application. Pour y voir un peu plus clair, posons-nous la question suivante : Qui doit être l'aiguillon, le moteur de ce dynamisme culturel ? Entre ceux qui sont réellement artistes et ceux que j'appelle les « cabotins » les pseudos-artistes auto-proclamés, qui doit présider à ce ministère ? Ce qui est navrant, c'est que les « cabotins » ne font que singer l'art et s'octroient un certain créneau et prennent un peu trop d'importance et trop de place dans les rouages de la culture chrétienne d'aujourd'hui, mettant en place une structure trop hermétique dans laquelle pourtant chaque artiste chrétien devrait avoir sa place. En fait, comme le critère artistique et de beauté n'est pas leur apanage, ils ne s'imposent que par une vision purement partielle et mercantile, hélas trop souvent mièvre et médiocre, ils ne s'imposent que par vagues successives de mode, ce qui est contraire à l'essence de l'Art. On a créé ainsi une structure totalement inefficace pour canaliser et accueillir les artistes que le Seigneur appelle à germer en Son Église. A la longue, tout cela produit de la désespérance et un essoufflement lamentable et stérile, laissant l’Art croupir dans le cœur des vrais artistes.

 Les conséquences immédiates et néfastes de cette confusion, est un manque de perspective artistique et culturelle voire spirituelle et mystique. De plus, outre une « satisfaction béate et mièvre», il y règne un esprit trop individualiste et mégalomane qui pousse au « vedétarisme et à la starisation », contraire à la communion fraternelle.

 Dans un tel contexte de confusion, aucun projet artistique ne peut aboutir car il n'y a aucune ossature réelle dans ce marasme artistique et par conséquent règne un véritable handicape et atrophie culturelle. Comment y voir dans ce marasme, une vraie « épiphanie artistique chrétienne », riche, soutenue et honnête ? Entre ceux qui s'enferment dans leur tour d'ivoire et leur fan club et les autres qui règnent par leur médiocrité et naïveté, on est vraiment mal chaussé pour acquérir une vraie force culturelle.

 En fait, le plus grand préjudice à l’Art n’est pas dans le choix entre un art supérieur ou mineur, ce qui est une bien piètre vision des choses mais dans la médiocrité et le dévoiement de celui-ci dans son rapport à la Sagesse chrétienne et de l’Évangile. L’enjeu est qu’il ne faut pas que l’Art sacré soit un prétexte de replie sur soi et que l’Art profane ne se perde en nous entraînant vers un universalisme desséchant et incolore.

Aussi à lui tout seul, l'Art Sacré ne constitue pas l'Art chrétien mais conjugué avec l'Art profane, tous deux atteignent

une plénitude culturelle.

 Alors n'ayons pas peur de l'Art inspiré par Dieu, car il est voulu

pour nous aider à Le chercher et nous réjouir en Sa présence,

que ce soit  Par  l'Art Sacré ou l'Art Profane.


Voilà une fois réconciliés, les protagonistes de l'Art Sacré et de l'Art Profane, vont pouvoir travailler et collaborer ensemble

 dans une unique Mission, en créant les conditions

 normales et fécondes pour une  nouvelle

 « épiphanie de la Beauté de Dieu » !