QUATRIÈME PARTIE:

Vers une culture de la communion ecclésiale.


 Comme toute plante, l'Art chrétien a besoin d'un terreau approprié pour pouvoir exister et s'épanouir, si dans l’Église, les artistes chrétiens ne trouvent plus de terre accueillante, ils ne peuvent tout simplement plus se produire. L’Église serait-elle devenue une terre si aride et si désertique pour que l'Art ne puisse plus germer? Non, il y a encore beaucoup de communautés capables d'accueillir les artistes mais souvent manquent d'un savoir faire et surtout ont une non-conscience ou inconscience de la spécificité de l'Art chrétien.

Remèdes et réponses à cette infidélité à la grâce artistique.

Premier remède : Benoit XVI, « que se refasse le tissu chrétien

 des communautés ecclésiales..... ».

 BENOIT XVI, le 21 septembre 2010 dans sa lettre d'ouverture à la création de la Commission Pontificale pour la Nouvelle Évangélisation :  « …. la condition (de cette Nouvelle Évangélisation) est que se refasse le tissu chrétien des communautés ecclésiales elles-mêmes …....... » Le premier remède à cette grande confusion, dans ce mélange des genres où l'on ne sait plus qui est qui ou quoi, est de retrouver la sérénité de notre Foi et les fondements de celle-ci, en laissant nos points de vues personnelles trop souvent exacerbées, en retraits pour servir la Communion dans l'esprit-Saint et honorer ensemble le beau Nom de Jésus au milieu des peuples, en donnant ainsi un vrai témoignage de notre fraternité : « Voyez comme ils s'aiment ». C'est d'abords ce caractère prophétique qui doit être pertinent avant tout le reste, sinon notre Évangélisation n'est que du vent et nos communautés ecclésiales ou rassemblements, ne sont ni plus ni moins comme toutes les autres associations qui militent pour leur projet privé or l’Église n'est pas un club privé. De plus, chaque communauté chrétienne doit avoir le souci de la Mission et en ce sens, est ouverte à la dimension artistique de l'expression de notre Foi.

 Donc, en premier lieu, si l'on veut retrouver un vrai chemin artistique et culturel porteur, il faut que les chrétiens, les catholiques retrouvent le fondement de leur Foi, la soumission à la Sagesse de l’Évangile, à l'amour du Christ et de Son Œuvre, à l’Église Son Corps dans la communion de Son Esprit-Saint. Il faut retrouver un vrai chemin ecclésiale, comme dit le Pape Benoit XVI, « que se refasse le tissu chrétien des communautés ecclésiales.....». Il faut retrouver un chemin d’humilité car la Sagesse de l’Évangile dépasse et de beaucoup nos pauvres esprits humain aussi sublimes soient-ils.


Deuxième remède :

Retrouver le socle de la vraie tradition artistique chrétienne.

 Il faut accepter qu'il y ait un « ordre naturelle », une tradition dans le domaine de l'Art et le respecter, sous peine de tomber sans cesse dans un marasme artistique et léthargie culturel. L'amateurisme, la médiocrité, sous couvert de simplicité ou de spontanéité, n'ont jamais apporté la plénitude de la beauté, ni de la bonté et encore moins de la Vérité. Et cela devient une aberration lorsqu’elle s’impose comme faisant autorité en matière d’animation au service de la divine Célébration. Il y a là, un glissement dangereux et pernicieux qui inverse ou sape le processus de notre éducation à nous élever et nous intérioriser vers les vertus spirituelles car l’énergie artistique au service de la divine Célébration est un véritable aiguillon de la ferveur spirituelle. Si l’on connaissait vraiment la valeur de la beauté artistique, on ne pourrait supporter et se satisfaire de la « sainte médiocrité ». La richesse de notre culture artistique chrétienne n'est pas un ramassis de vestiges du passé mais elle est signe d'un vrai dynamisme spirituel, le nier ou l’ignorer est signe d'une grande incapacité à proclamer notre Foi, signe d'une atrophie de celle-ci. Ne restons pas dans cet état d'esprit mais réagissons ! Nous chrétiens catholiques avons une lourde responsabilité à la préserver et la faire grandir au cœur de nos églises, nous en sommes les héritiers et les promoteurs.

  L'Art est à la culture, ce que la théologie est aux saintes Écritures, que penseriez-vous du théologien qui bafouerait, renieraient ou négligerait ce que l'Esprit-Saint a dévoilé à travers l'histoire de la réflexion théologique et exégétique ? Et bien, sur le plan culturel, négliger la belle tradition artistique que l'Esprit-Saint a prodigué à l’Église, est un préjudice équivalent qui nuit gravement à l’Évangélisation. L’Incarnation du Verbe de Dieu ne nous enferme pas dans un cycle historique infinie qui n'aurait aucun sens. Au contraire Jésus nous insuffle un dynamisme spirituel qui nous fait entrer dans l'Histoire en marche, à nous à la discerner et y prendre part !

« Une foi qui ne devient pas culture est une foi qui n'est pas pleinement accueillie, entièrement pensée et fidèlement vécue ».

disait Jean-Paul II.

 Donc, en second lieu, les chrétiens doivent retrouver la conscience de leur tradition artistique et sa force culturelle, dans une énergie créatrice renouvelée. Après avoir retrouvé un vrai tissu ecclésiale sans lequel l'Art chrétien ne peut réellement s'épanouir, il faut retrouver le fondement de la culture chrétienne et ses piliers. Ces piliers constituent une entité, une communauté de personnes, artisans et gardiens de l'esprit artistique authentiquement chrétien.


  Cette communauté a été définie par la divine Providence durant des siècles, elle est constituée par trois catégories de personnes identifiables :


  L’Accompagnement de l’Église, la Protection du mécène, les Compétences et le Talent de l'artiste, constituent les fondements de l’Art chrétien.

 Le premier pilier, c'est l'Église, la hiérarchie, le soutien de l’Évêque et des prêtres et de tous consacrés et responsables de la Pastorale, apportant une bénédiction ou soutien matériel, spirituelle et morale, expression de la communion ecclésiale et fraternelle ! Car l’Art est l’affaire de toute la communauté et non seulement celui de l’artiste. Larguer l’artiste dans les mains d’un producteur et s’en dédouaner est signe d’une grande immaturité artistique et culturel.


 Le deuxième pilier est le rôle fondamental du mécène. Depuis ses origines l'Art chrétien fut sous la « protection du mécène » sans lequel l'artiste ne peut exister et s'épanouir sereinement. L’Église a toujours été « protectrice » et par là, protagoniste, en jouant un rôle principal dans tous les Arts comme on l'a démontré dans la petite histoire de la musique ci-dessus. Par l'acte mécénique et son esprit, l'artiste chrétien est soustrait au monde du mercantilisme et de toute son idéologie contraire au véritable esprit de l'Art chrétien qui est fondamentalement de l'ordre du Don et de l'Être. L'Art doit être un acte gratuit, désintéressé, offert, surtout s'il procède de la Sagesse divine, il doit refléter la Beauté du Visage du Christ : « le plus bel enfant des hommes ! »

 Au contraire du mécène, le producteur investit son argent pour tirer profit de l'artiste jusqu'à le rendre esclave s'il le faut. Le mécène, aime le bel Art, en connaît les enjeux et par conséquent aime, respecte profondément le talent de l'artiste et offre son amitié, son argent pour promouvoir celui-ci de manière désintéressée. En ce sens le mécène accomplit la volonté de Dieu et collabore avec Lui pour manifester la Beauté éternelle qui édifie les âmes dans la paix et la joie, ce qui constitue un véritable acte de charité.

 Vraiment le mécène est le sang de l’Art qui coule dans les veines de l’artiste, sans lequel, il ne peut réellement vivre, il peut se passer du producteur mais pas du mécène.

 Enfin le troisième pilier est l'artiste sans qui il n'y aurait pas d'Art. Apportant ses compétences et son talent, il se met au service de la Sagesse divine. Puisque nous parlons dans le contexte de la Nouvelle Évangélisation, l'artiste est un disciple de Jésus-Christ sans concession et compromis coupable. Il doit acquérir une vitalité prompte pour la Mission et exercer son talent dans une vision claire de son statut de missionnaire. Mais l'exercice de son talent au sein de l’Église est tellement délicate et précieuse, qu'il lui faut une communauté proche de lui, qu'elle soit sa « protectrice » et accompagnatrice.


Troisième remède :

Recentrer la vocation de l'artiste chrétien

 Qu'est ce qu'un artiste, un bon musicien ? C’est une personne ayant une véritable compétence et un talent, allant du simple au sublime, jusqu’au génie. C’est quelqu'un qui a travaillé sa discipline auprès d'un maître ou plusieurs et qui, au bout de bien d'années d'apprentissage, est capable de retransmettre à travers son talent, les œuvres d'artistes compositeurs de tout temps. Il possède une certaine virtuosité, est capable non seulement de nous faire partager les richesses des traditions du passé mais aussi celle du présent. Avec un vrai artiste, on peut entrer dans une certaine « plénitude culturelle ». Il est capable de nous faite découvrir la diversité et le génie de chaque génération d'artistes du passé et de ceux d'aujourd'hui. En fait dans la perspective chrétienne le terme « d’artisan de la beauté » convient mieux que le terme un peu trop galvaudé, d’artiste. « Artisan de la beauté » possède une connotation humble et réaliste tandis que le terme « Artiste » on l’emploie trop souvent facilement pour des personnes qui ne le méritent absolument pas, flattant trop facilement notre orgueil.

 Le speudo-artiste qui n'a aucune discipline réelle, ayant quelques fois, un certain talent, mais qui n'est pas capable de nous plonger dans la plénitude artistique et culturelle, peut-on lui octroyer le beau nom d'artiste ? Et quand ce pseudo-artiste brille dans les médias avec fausse modestie et mégalomanie en même temps, n'est-il pas en vérité un « cabotin » ? Je ne parle pas ici des « vrais artistes amateurs » qui n'exercent pas leur talent comme de vrais virtuoses mais qui s'en approchent par une bonne formation artistique, mais plus tôt de simples amateurs qui n'ont pas ou peu de formation artistique et qui de surcroît, méconnaissent voire méprisent la tradition artistique séculaire par complexes et bêtises. Cette confusion blesse la sagesse humaine et Celle de l’Évangile, car trop souvent aujourd'hui, ces simples amateurs règnent dans le paysage artistique au détriment des artistes que l'on méprise et rejette, cela ne devrait pas exister dans l’Église.

 Il faut aussi détrôner le mythe du succès : Le pire destin d'un artiste chrétien n'est pas son « insuccès » car il peut s'en accommoder mais sa propre glorification en envoyant aux oubliettes la louange due à Dieu Seul ! Ce n'est pas de créer de belles œuvres qui « scintillent au firmament » mais la charité avec laquelle l'artiste les aura façonnées et données. Grâce au mécène, l'artiste est soustrait entre autre au mirage de la « starisation » et à son succès fantoche, il doit centrer sa vocation sur le service de « la Beauté du Visage de Jésus, de la Bonté de son Cœur et de la Vérité de ses Paroles » ! Donc la vocation de l'artiste chrétien ne se mesure pas à son grand ou petit succès mais à la qualité de son engagement au service du Seigneur.


CONCLUSION :

 Entrer dans la communion catholique c'est entrer dans une « plénitude spirituelle, une plénitude artistique et une plénitude culturelle ».


 La réalité de l'Art au sein de l’Église, nous plonge dans une plénitude à plusieurs facettes et possède des caractéristiques précises que l'on ne doit jamais perdre de vue si on ne veut pas le dévoyer de sa vocation :

 Dimension Mystique : l'Art que nous voulons promouvoir est un Art qui doit profondément refléter la Sagesse de l’Évangile donc il est profondément contemplatif, et doit être ancré fermement dans la communion de l’Église.

 Dimension Artistique :si l'on veut atteindre une certaine « plénitude artistique », il faut travailler avec de vrais artistes, ayant une vraie virtuosité dans leur discipline. Car l'Art chrétien a pour mission de refléter la Beauté du Visage de Jésus-Christ, « le plus bel enfant des hommes », c'est pourquoi, il ne doit souffrir d'aucunes médiocrités, à ne pas confondre avec la simplicité qui peut être « populaire » et très digne. L'austérité peut être extraordinairement belle si elle est remplie de virtuosité et de beautés artistiques réelles.

 Dimension Culturelle : après être bien ancré dans la communion catholique et acquis une certaine plénitude artistique, l'Art chrétien doit avoir une portée culturelle, c'est à dire que tout le monde peut librement accéder à son expression propre. Mais pour avoir ce « pouvoir culturel », il faut prendre les moyens et permettre aux artistes d'avoir l'espace adéquate pour s'exprimer en toute qualité. Ainsi les applications sont variées et multiples, à la dimension du monde.

 Voilà le socle sur lequel tout artiste chrétien doit pouvoir se reposer pour germer et apporter sa contribution culturelle. Car à lui seul, il est impossible d'avoir un impact culturel suffisant pour faire luire la divine Sagesse au milieu du monde. Sans ce terreau ecclésiale, l'artiste chrétien ne peut s'épanouir sereinement, il vaut mieux qu’il porte sa croix en annonçant les merveilles de grâces par son talent, soutenu par l’Église que de croupir seul dans sa retraite forcée due à l’inconscience et l’indifférence des chrétiens.