DEUXIÈME PARTIE:


Tentation et Dévoiement de l'ART


 Au milieu du 20° siècle : Un fait important dans l’histoire de la musique va changer fondamentalement la donne de l’Art musical. L’arrivée des outils médiatiques comme la radio, la télévision et le micro, les instruments électriques et électroniques, vont bouleverser profondément le paysage artistique mondial. La culture populaire va profiter pleinement, et s'engouffrer dans le tournis de cette nouvelle donne médiatique, créant un bouillonnement et un paysage culturel plus ou moins chaotique et anarchique et devenir la norme presque absolue de la manière d’être un artiste. L’industrie de l’Art est née et va envahir la totalité du monde artistique.

 Dorénavant ce ne sont plus les mécènes qui offriront au monde les artistes mais les « majors », grosses entreprises à l’échelle planétaire ou nationales qui vont faire régner les « goûts et les couleurs » du public et même vont jusqu’à fabriquer un public pour chaque artiste etc … Ce ne sont plus des critères objectifs et mécénique qui gèrent l’intérêt de l'ART mais l'émotivité subjective et exacerbée des fans qui donnent à ces producteurs sans scrupule le droit de vie ou de mort à l'artiste. Malheur à l'artiste qui ne se plie pas aux nouvelles normes et critères des modes infernales de cette nouvelle industrie artistique ! D’ailleurs, le terme même d’artiste n’est-il pas galvaudé par la populace qui octroie le dénominatif « artiste » à des personnes qui ne le sont pas, tout simplement parce qu’elles vendent beaucoup d’albums, par exemple?

 Au milieu de tout de ce « brouhaha », de cette déferlante médiatique, qui dévoie en profondeur le sens de l’Art authentique, celui-ci y a t-il vraiment une place à jouer, et plus précisément, l’Art chrétien ? J’en doute fort !

 Je crois qu'en face d'un monde très sécularisé, l'Art chrétien ne peut exister qu'en marge du phénomène médiatique car son fonctionnement, ces rouages ne cadrent pas avec la délicatesse et la Sagesse de la grâce divine. L'Art peut utiliser les médias comme support publicitaire mais non de diffusion et encore moins comme source de création.

 Il faudrait parler aussi des vagues déferlantes des idéologies marxisantes ou capitalistes provocant des changements de mentalité par rapport aux traditions, à l'autorité, de la monté en puissance de l'esprit individualiste qui conditionne la pensée majoritaire d'aujourd'hui, qui a des conséquences fâcheuses et désastreuses pour une bonne connexion avec la Sagesse évangélique.Le préjudice principal de la mentalité contemporaine est son incapacité à entrevoir et assimiler l'âme des vraies traditions, génèrant et inculquant un esprit rétif à tout ce qui touche particulièrement à la Tradition chrétienne mais surtout catholique. Car affirmer culturellement que la Foi au Christ est source de fondements pour la vie est une injure à l'esprit sécularisé et relativiste qui caractérise la mentalité d'aujourd'hui. En quelque sorte, ce n'est plus l’Évangile qui doit être la référence de notre sagesse chrétienne, mais l'esprit du monde, l'esprit de ce monde laïque et sécularisé, sous peine d'être rétrogradé non socialement mais culturellement.

Conséquences :

 De ce bouleversement technique et culturel en résulte une « grande confusion » au mépris de la logique, de l'honnêteté intellectuelle et de l'amour de la Sagesse évangélique. Ce qui aboutie à un manque d’intérêt de la part de la majorité des chrétiens pour leur patrimoine culturel.

Confusion dans les esprits, chez les protagonistes de l'ART,

 chez l'artiste, chez les "producteurs"

 L'influence de l'industrie et du sécularisme dans l'Art est à double tranchant, il y a en effet un aspect positif, entre autre, celui de diffuser l'Art à grande échelle, régionale, nationale et mondiale, une sorte de « vulgarisation » qui permet de toucher un grand nombre de personnes et de toutes classes sociales. Même si cette diffusion générale porte de bon fruits, cela reste insuffisant car les œuvres d'Art ne sont abordées que de manière superficielle et purement esthétique, en déniant à celles-ci leur socle spirituel, surtout celles issues d'inspiration chrétienne. Par exemple comment aborder « la Passion selon saint Jean » de BACH sans prendre en compte la réalité profonde de ce pour quoi, ce grand artiste l'a composée? C'est à dire comme expression de la Foi en Jésus-Christ. C'est tout l'enjeu de l'Art chrétien particulièrement l'Art Sacré. Cette aspect néfaste et préjudiciable de la « vulgarisation » de l'Art, a pour conséquence de dévoyer son sens, en le détournant de la « vraie tradition artistique » avec toute son énergie et sa vocation propre. Et là précisément l’Église et les communautés chrétienne pèchent gravement.  Pour la musique, au lieu de soutenir son inspiration spécifiquement chrétienne et d'ordonner son patrimoine en vue de l'édification de la Foi, les chrétiens sont trop souvent complices du « pillage » spirituel et culturel que le christianisme subit depuis ces derniers temps.

 Est-ce par inconscience ou bien par un manque de Foi ? Un peu des deux certainement ! De ce désistement et du manque d’intérêt de la part de la majorité des chrétiens pour la vocation de l'Art, en résulte une grande confusion des genres et un dévoiement de celui-ci : ce qui provoque un préjudice énorme à l’Évangélisation, à la crédibilité de notre Foi. Il en résulte une forme de « laïcisation de l’Évangile » au cœur même de l’Église. Aussi, seul l'artiste qui vend bien, a droit à tous les honneurs, tandis que celui qui, soit disant ne possède pas de « potentiel commercial » au mépris de son talent, est banni du royaume de l'industrie de l'art aujourd’hui, subissant l'indifférence fraternelle des chrétiens et leur compromis coupable.

 Tout ceci engendre une confusion des genres entre une idéologie artistique commerciale belliqueuse et souvent insipide qui pousse à la « starisation », à l'adoration « du veau d'or du showbiz » contre une vraie énergie artistique humble, laborieuse et servante de la beauté sacrée, servante du bien commun. Ce qui contribue en fait à un affadissement de la Foi chez beaucoup de chrétiens, une baisse de l'intérêt pour le « Royaume des cieux » et s'ensuit un refroidissement de la charité pour l'amour de Jésus. « voyez comme ils s'aiment » disait Il. On ne peut pas dire que c'est ce qui caractérise le plus aujourd'hui les chrétiens.

 Depuis Pie XII jusqu’à nos jours les papes ne cessent de nous avertir : Jean-Paul II disait :« Une foi qui ne devient pas culture est une foi qui n'est pas pleinement accueillie, entièrement pensée et fidèlement vécue ».

 Pour que notre Foi devienne culture, cela veut dire que nous devons être capable de proposer une « épiphanie artistique » que chacun pourra s'approprier, déchiffrer et en contempler les merveilles et s'en enrichir. Le pire ennemi de notre Foi ne sont pas les forces maléfiques qui restent sous la domination de la divine providence, mais le manque de Foi des disciples de Jésus-Christ, leur inconscience, leur amnésie, leur lente apostasie, leur infidélité, leur désintérêt pour le trésor providentiel artistique que le Seigneur a déployé durant les siècles : ce symptôme je pourrais l'appeler « iconoclasme moderne », latent et sournois.

 Combien de fois ne m'a t'on pas dit : « ….mais le Seigneur n'a pas besoin de l'Art pour évangéliser, les œuvres d'art et même les cathédrales disparaîtront ».Voilà l'expression d'un iconoclasme moderne que l'on doit combattre et rejeter ! Pourquoi tant de chrétiens limitent-ils les conséquences et les enjeux de l'Incarnation du Verbe de Dieu dans notre histoire ? C'est une pensée qui contredit et sape le dynamisme de notre Foi, oubliant qu'être catholique, c'est entrer dans une «  plénitude de grâces  » ! Pourtant le Seigneur nous a prévenus : Mt 5-13 « si le sel s’affadit, ….. il n’est juste bon qu’à être foulé au sol par les païens ! » N'est ce pas ce qui se passe dans une certaine mesure ? Mais si l'on ne prêche plus l’Évangile, par quoi va t-on le remplacer ? Si les chrétiens perdent la saveur de l’Évangile et l'enthousiasme pour l'annoncer, qui va t-on envoyer ? Pour moi, il est clair que le fait de ne plus savoir et vouloir accueillir les artistes chrétiens au sein de l’Église, est signe d'un vrai affadissement de la Foi.

 Pourtant la beauté artistique fait l'unanimité, elle touche le cœur en profondeur et fait souvent des miracles en collaborant avec la grâce tandis que la médiocrité lasse l'âme, la rend indisposée et ôte progressivement la joie du cœur de l'homme en le plongeant dans la confusion et la dépression etc...

 Un artiste, c’est un « artisan de la beauté », s'il n'est pas capable de le transcrire par son talent, c'est qu'il n'en est pas un ou qu'il prétend l'être ou qu'on le lui octroie à tort. Alors ayons du discernement, du courage et de l'humilité en face de la vérité ou du moins soyons honnêtes, en face de la grâce artistique qui demande du sérieux et une grande exigence !